Rapport sur la situation de l'enseignement primaire dans l'Allier au 31 décembre 1890

Enseignement public

Le département de l’Allier compte d'après le recensement de 1886, 424 582 habitants pour 321 communes; le nombre des écoles publiques étant de 659 et celui des écoles primaires de 208 soit en tout 867; ce chiffre représente une école pour 490 habitants environ, la proportion est sensiblement la même que l'an dernier.

Enseignement public: comme il vient d'être dit, au 31 décembre dernier, nous comptions 659 écoles publiques, y compris les écoles maternelles ; l'année précédente, il n'y en avait que 656,c'est donc en faveur de 1891 une augmentation de 3 unités:

ces écoles se répartissent ainsi:

nature de l'école laïque congréganistes totaux

Garçons: 295 296

filles: 245 39 284

mixtes: 58 1 59

écoles maternelles : 19 1 20

Total :617 42 659

Dans le cours de l'année, il y a eu 5 créations d'emploi. savoir: une école de garçons et une école de filles dans chacune des communes de Toulon, Saint-Ennemond, et Montaigut-le-BIin ; par contre, il y a eu 2 suppressions, l'école mixte de Géranton (Arfeuilles) et l'école maternelle de la rue Jean Hart à Moulins. Cette dernière est restée ouverte à titre d'école privée. Au point de vue de l'inspection, la répartition des écoles est la même que précédemment : la circonscription de Moulins en comprend 18 i au lieu de 178 en 1890, celle de Montluçon 167, de Gannat, 158, de Lapalisse 153 comme l'année précédente.

Écoles primaires supérieures et Cours complémentaires.

Le nombre des établissements d'enseignement primaire supérieur a diminué d'une unité, par suite de la suppression du cours complémentaire de Lurcy-Levy, dont l'effectif ne justifiait pas le maintien. Ces 10 établissements comprennent les 4 écoles primaires supérieures de garçons établies à Moulins, Gannat, Chantelle et Saint-Pourçain et les 6 cours complémentaires de Doyet, Hérisson et Vichy, destinés aux garçons et ceux de Montluçon, Bézenet et Cusset destinés aux jeunes filles. Le cours complémentaire de Vichy a été, depuis plus de 18 mois, transformé par le conseil départemental en école primaire supérieure professionnelle de plein exercice, malgré plusieurs demandes de la municipalité et les instances de l'autorité académique, cette mesure n'a pas reçu l'approbation ministérielle, mais les cours n'en fonctionnent pas moins, aux frais de la ville, à la satisfaction des familles. Il est à désirer que cette question reçoive une prompte solution, afin de répondre aux généreux sacrifices d'une municipalité qui n'a jamais marchandé quand il s'est agi des écoles et de sauvegarder les intérêts des maîtres qui, occupaient des emplois non créés officiellement, ne peuvent ni être classés, ni subir la retenue légale de la retraite.

La population scolaire de ces différents établissements était au 31 décembre dernier de 391 élèves avec une augmentation de 4 unités sur l'année précédente.

Le cours complémentaire d' Hérisson qui ne compte que 8 élèves semble destiné à disparaître prochainement par application de l'art 5 de la loi du 19Juillet 1889.Cet article pourrait également s'appliquer à l'école de Chantelle, qui n'a pas l'effectif exigé par la loi, d'ailleurs son installation et son organisation auraient besoin d'être complétées. J' en dirai autant, sauf en ce qui concerne les effectifs, de l'école de Saint-Pourçain. En effet, pour ne parler que du personnel enseignant, elles ne comptent qu'un directeur, lequel est chargé en même temps de l'école primaire élémentaire; or quels que soient la valeur et le zèle d'un maître, il lui est impossible de suffire seul à une tâche si complexe et d'enseigner utilement, et avec une compétence suffisante, les lettres, les sciences, les langues vivantes, le dessin et toutes les matières du programme des écoles primaires supérieures.

Les observations que je présentais l'an dernier sur le caractère mal défini de ces établissements n'ont rien perdu de leur actualité; je crois au moins superflu de les présenter de nouveau; mais à mon avis, l'enseignement donné dans ces écoles devrait être plus pratique et se proposer de former pour le commerce, l'agriculture et l'industrie, des jeunes gens intelligents, pleins d'initiative, aimant la profession dont ils ont fut leur choix et bien décidés à en faire leur carrière, au lieu de poursuivre la conquête de diplômes si souvent inutiles et de grossir l'année déjà trop nombreuse des candidats fonctionnaires. Pour cela une double réforme serait nécessaire:

1) n'admettre dans ces écoles que des élèves en état d'en suivre les cours, au lieu de les peupler, comme on fait aujourd'hui, d'enfants de 11 à 12 ans qui n'ont même pas vu les programmes primaires élémentaires et dont l'intelligence n'est pas suffisamment développée.

2) de donner aux écoles supérieures un caractère professionnel, en les plaçant sous le régime de la loi du 11 décembre l880 et du décret du 17 mars 1888.

Les résultats constatés pendant l'année 1890 ne font que confirmer ces observations : les élèves de nos écoles supérieures et de nos cours complémentaires ont obtenu le certificat d'études primaires supérieures et 32 brevets primaires. 13 élèves sont entrés à l'école normale, 1 à l'école des Arts et Métiers et 1 a obtenu une bourse dans un lycée. De tels résultats font l'éloge des maîtres et des élèves, sans doute, mais il faut avouer qu'ils ne répondent guère aux intentions du législateur qui a institué les écoles primaires supérieures.

Écoles primaires élémentaires.

 

En 1889, nous en comptions 636, cette année, il y en a 640 qui se répartissent ainsi:

Écoles laïques de garçons 296

Écoles laïques de filles 245

École congréganiste de garçons 1

Écoles congréganistes de tilles 39 640

Écoles laïques mixtes 58

Écoles congréganistes mixtes 1

Arrondissement de Moulins. Les congréganistes qui dirigeaient l'école de garçons de Vieure ayant quitté volontairement la commune, l'école a été laïcisée.

La même mesure a été prise à l'égard de l'école de filles de Saint-Plaisir sur la demande de la municipalité.

Par suite de la création de deux écoles à Noyant, il n'y a plus que la commune d'Aubigny qui soit encore dépourvue d'école. Une école privée mixte dirigée par des congréganistes et entretenue par un grand propriétaire reçoit tous les enfants.

Les 7 communes suivantes de plus de 500 habitants n'ont pas d'écoles publiques de filles: Saint-Léopardin -d'Augy, Saint-Aubin, Château sur Allier, Contigny, Monétay-sur-Allier, Rodes et Aurouer. Il y a une école privée dans chacune de ces communes, excepté à Rodes.

Les communes de Neure et de Meillers, bien qu'ayant moins de 500 habitants ont une école publique de filles.

Comme Les années précédentes, je signalerai l'utilité je pourrai même dire la nécessité de créer des écoles de hameau aux Thuriers, commune de Beaulon, aux Loges de Cruise, commune de Lusigny et à Saint-denis commune de Saligny.

Circonscription de Montluçon

 

Aucune des 77 communes de la circonscription n'est dépourvue d'école; mais l'une d'elle continue à être privée d'école publique: c'est celle de Saint Captais. Elle a une école libre recevant tous les élèves qui veulent la fréquenter.

En 1887 M. Le Ministre a approuvé la création d'une école publique en cette commune, mais elle n'a pas pu encore être ouverte faute de local.

Des plans et devis sont dressés depuis deux ans pour la construction d'une maison d'école mais on n'avait pu prendre possession de remplacement; il vient d'être acquis par voie d'expropriation et les travaux de construction vont bientôt commencer.

La commune de Tortezais, qui compte 535 habitants, n'a qu'une école mixte. Sur la demande du conseil municipal, le Conseil Départemental a ajourné le dédoublement de cette école, conformément au dernier paragraphe de L'article II de la loi du 30 octobre 1886.

 

Il y a déjà dans La circonscription 15 écoles de hameau ou de section. Il serait nécessaire d'en créer plus de 15 autres pour se conformer à la loi du 20 mars 1883.

Voici la liste des localités où le besoin de ces créations se fait le plus sentir.

Chancots, commune de la Celle

Givrette, commune de Domérat

Beaumont, commune de Huriel

Argenty, commune du Teillet

La ville Bridant commune de Saint-Sauvier

Les Moutats, commune de Vilplaix.

Lors du classement général des écoles, en 1889, le Conseil départemental a décidé ces créations mais cette décision n'a pas encore reçu l'approbation ministérielle.

Circonscription de Gannat:

 

Toutes les communes de plus de 500 habitants sauf Brugheas, Beaune et Saulcet ont une école publique pour chaque sexe; l'école spéciale de filles de Brugheas n'a pu encore être installée faute de local, quant à Beaune et à Saulcet, M. le Ministre n'a pas encore approuvé la création décidée par le Conseil Départemental.

Arrondissement de Lapalisse:

 

Dans le courant de l'année 1890,l'école de filles du Vernet ont été laïcisée; il a été créé une école publique de filles à Montaigut-le-Blin.

L'école publique des filles de Thionne est devenue école privée, l'école mixte de hameau de Géranton a été supprimée.

Toutes les communes de l'arrondissement possèdent au moins une école publique. La commune de Boucé qui compte 1013 habitants est la seule qui soit dépourvue d'école de filles. Toutefois, un local vient d'être loué à cet effet par les soins de l'administration et l'école pourra fonctionner à la rentrée prochaine.

Les travaux de construction seront terminés dans la commune de Thionne pour la fin de l'année scolaire.

Après que divers travaux d'approbation auront été exécutés à l'école de garçons de Luneau, l'école de filles pourra en prendre possession.

Les communes d'Avrilly et de Sanssat, quoique d'une population inférieure à 500 habitants possèdent une école spéciale pour chaque sexe.

Toutes les écoles de garçons sont laïques, excepté celle de Busset qui, en vertu de la loi du 30 octobre 1886, devra être laïcisée cette année.

A Billy, Ferrières, Saint-Léon,Varennes-sur-Téche, Arronnes, les écoles congréganistes sont installées dans des immeubles communaux.

A Montaiguet, le local est loué.

A Busset, Saint-Didier-en Donjon, Cbâtelperron, Châtemontagne, Saint-Nicolas-des Biefs, Magnet et La Chabanne, les écoles congréganistes sont installées dans des immeubles donnés conditionnellement ou appartenant aux congrégations.

Ecoles maternelles

 

Au 31 décembre 1890, le nombre des écoles maternelles publiques était de 21; il n'est plus que de 20 par suite de la suppression de celle de la Rue Jean Bart à Moulins.

Ces établissements ont été fréquentés par 3649 enfants, 11 de moins qu'en 1889.

Les classes enfantines étaient l'an dernier, au nombre de 29 ; cette année, il y en a 31, par suite de la création de celle de Louroux -de-Bouble et de Vendat.

 

Locaux scolaires.

Dans l'arrondissement de Moulins, les communes suivantes ont pris possession, en 1890 de leur maison d'école construite ou agrandie:

Saint-Plaisir, école de garçons (acquisition et appropriation)

Thiel: école de garçons (agrandissement)

Le Montet , groupe scolaire (agrandissement)

Moulins, école maternelle de la rue des Ormes (construction)

Saint-Ennemond: école de filles (construction)

Toulon: école de filles (agrandissement)

Bresnay: école de filles (construction)

Noyant: groupe scolaire (construction)

Des maisons d'école construites ou agrandies, pourront recevoir les élèves

dans Les communes suivantes :

Moulins (groupe scolaire de la Madeleine-construction); Pouzy-Mésangy (construction); Saint-loup (construction).

Les communes de Chevagnes et de Deux-Chaises ont des projets à l'étude d'école de filles.

La commune d'Aubigny n'a point de maison d'école.

Vieure possède une école de filles mais n'en a point pour les garçons.

Buxières-Les-Mines a installé son école maternelle dans une maison de location.

Enfin, les communes suivantes n'ont ni maison d'école ni projets d'étude.

Saint-Pourçain-sur-Besbre, Bressolles, Aurouer, Saint-Voir, Château, Monétay-sur-Allier et Rodes.

Dans La circonscription de montluçon, en 1890, deux écoles ont pris possession d'immeubles neufs ou agrandis : Le Brethon et Braize.

Des projets de construction viennent d'être approuvés pour Venas (école de filles) et Saint-Captais (école mixte)

Des dossiers ont été produits pour les améliorations suivantes:

Montluçon, construction de deux écoles de filles, aménagement de classes et de logements personnels ; Prémillhat, construction d'une maison d'école; Colombier, construction d'une maison d'école.

Les municipalités de Saint-Bonnet-le-Désert et de Courçais font actuellement établir des plans et devis pour construire une seconde maison d'école et le Conseil Municipal de Nocq est en voie d'acquérir une maison d'écoLe de filles.

Des plans et devis ont été dressés pour les constructions suivantes:

Verneix (écoLe de filles)

Sauvagny (école mixte)

Durdat (école mixte)

Domérat (école double à Givrette).

Enfin les communes indiquées ci-après, ont des locaux soit insuffisants, soit défectueux, ou ne leur appartenant pas, et dont rien n'est fait pour se rendre propriétaire de maisons d'école convenables:

Isle-et-Bardais (école double du chef-lieu)

Commentry (école du bourg)

Saint-Palais (école de filles)

Néris (école des Ferrières et de Verdre)

Neuville (école mixte)

Dans la circonscription de Gannat, des réparations ont été faites à Voussac. Louroux-deBouble, Nades, Sussat, Espinasse-Vozelle. Vendat,Vesse, Biozat, Fontnoble, Mazerier, Longes et Saulcet.

Les communes d'Ebreuil, Echassières, Naves, Chirat-l'église, Louroux-de-BoubLe, Charmeil et Cognat-Lyonne ont pris possession de Locaux neufs.

Les Conseils Municipaux de Brugheas, Gannat, Murat ont voté la construction ou l'appropriation de maisons d'école.

Des constructions s'imposent à Target, Nades, Fourilles, Chouvigny, Brugbeas, Beaune et Saulcet.

Dans l'arrondissement de Lapalisse, les communes du Vernet, Créchy, et Saint-Leger-des bruyères ont pris possession de locaux neufs.

La ville de Cusset fait exécuter actuellement à toutes ses écoles publiques des travaux importants, qui rendront ces immeubles très convenables.

Divers travaux d'amélioration ont été opérés aux écoles suivantes

Billezois (garçons), Saint-Etienne de Vicq (garçons) ,Saint-Pnix (garçons ), Sorbier (filles), le Donjon (garçons), Saint-Pierre-lavaI (deux écoles), Montcombroux (filles).

Les communes suivantes ont des locaux défectueux et n'ont encore rien fait pour améliorer l'état actuel des choses.

Busset (filles), Mariol (filles). Montaignet (filles), Saint-Didier-en-Donjon (filles) Bert (filles), Châtelperron( filles), Isserpent (filles), Périgny (filles), Servilly (garçons), Arronnes (filles), La Cbahanne (filles), Châtel montagne (filles), Chargros (mixte), Le Rousset (commune de Châtel montagne -mixte), Ferriéres (filles), Laprugne (garçons et filles), Lavoine (filles).Nizerolles (filles), Saint-Clément (garçons et filles), Saint-Nicotas-des-Biefs (filles), Sanssat (mixte.)

Matériel des classes

 

Le mobilier scolaire est en assez bon état presque partout. Les communes prennent le plus souvent l'initiative des réparations qui sont reconnues nécessaires.

 

Matériel d'enseignement

 

Presque toutes les écoles exceptées celles qui sont de création récente, sont pourvues de cartes géographiques, de globes et de tableaux métriques; quelques unes ont même des collections de tableaux d'histoire naturelle. Le plus souvent, ce matériel est en bon état; cependant dans quelques écoles, les cartes sont délabrées, soit par suite de l'humidité des murs, soit par vétusté, soit même par défaut de soin du personnel de l'école.

Les communes ont été habituées à recevoir des cartes du Ministère, et elles sont en général peu disposées à remplacer celles qui sont usées ou défectueuses. Je désire donc que L'état veuille bien continuer l'envoi de cette partie importante du matériel classique.

 

Musées scolaires.

 

Un certain nombre d'instituteurs ont donné des collections parfois assez importantes, dont quelques-unes ont obtenu des prix dans les expositions scolaires départementales et même à l'exposition universelle. Nulle part, je ne vois qu'on en tire le moindre parti pour l'enseignement. Je préférerais de beaucoup les tableaux d'histoire naturelle de Deyrotle et les images géographiques de Cicéri. Les enfants pourraient par ce moyen, se faire une idée des choses qu'ils n'ont jamais vues et qu'ils ne verront peut-être jamais ; enfin, et c'est un avantage qui n'est pas à dédaigner, ce serait un ornement pour les salles de classe.

 

Bibliothèques scolaires

Nombre des bibliothèques: 405

Nombre des ouvrages 35798

Nombre des volumes 39179

Nombre de prêts en 1890 55382

Valeur des dons 1866,50F

 

Les communes et les familles montrent à cet égard, la même indifférence que par le passé. Il est définitivement admis que tout ce qui se rattache à l'instruction doit être gratuit, ce qui semblerait indiquer que la population n'en fait pas grand cas. Quoi qu'il en soit, certaines municipalités procurent gratuitement aux élèves toutes les fournitures classiques et se refusent au moindre sacrifice à l'égard de la bibliothèque scolaire. J'avoue humblement que je ne connais aucun moyen tant soit peu sérieux de modifier cet état de chose. Les instituteurs, quand ils sont bien vus dans la commune, pourraient souvent obtenir quelques allocations en faveur de la bibliothèque.

 

Bibliothèque pédagogique.

Leur nombre n'a pas varié depuis l'an dernier ; elles sont d'ailleurs peu suivies.

Personnel enseignant

Le tableau fait connaître la situation du personnel, au point de vue des titres de capacité:

A part quelques exceptions fort rares, nos instituteurs et nos institutrices ont une très bonne tenue et une conduite digne, un certain nombre même jouissent d'une véritable considération dans les communes où ils sont restés quelques années, lorsqu'ils s'attachent à remplir consciencieusement leurs fonctions, sans sortir de leur rôle d'instituteur.

La plupart font preuve de zèle dans l'accomplissement de leurs fonctions; mais je dois à la vérité de dire que quelques-uns, en petit nombre, il est vrai, ne font que juste ce qui est nécessaire pour ne pas être remerciés ; l'on est obligé de les déplacer souvent, à moins qu'ils ne cherchent ailleurs que dans les bons services les moyens de se maintenir.

L'administration s'est vue dans la nécessité de prononcer la peine de révocation contre un adjoint dont la conduite avait été scandaleuse; un autre instituteur, qui dirigeait une école, est redevenu adjoint pour négligence habituelle dans l'accomplissement de ses devoirs professionnels.

Les relations entre directeurs et adjoints ne sont pas toujours ce qu'elles devraient être. Parfois, les premiers se montrent beaucoup plus exigeants pour leurs subordonnés que pour eux-mêmes. De leur côté, les adjoints deviennent de plus en plus indépendants des directeurs surtout quand ils sont titulaires. Ils prennent de plus en plus les allures de professeurs, arrivant juste. A l'heure de la classe, repartant dès qu'elle est finie et laissant le directeur se débrouiller comme il peut pour les soins maternels à donner dans l'école. Sans doute, ils surveillent les retenues, le balayage, les récréations même, si on les y oblige, mais ils le font de mauvaise grâce; d'ailleurs, beaucoup sont mariés et ont hâte de rentrer dans leur ménage. En un mot, ils se désintéressent trop souvent du succès de l'école.

Les directeurs se montrent aussi assez indifférents à la conduite de leurs adjoints, pourvu que ceux-ci s'acquittent passablement de leurs devoirs professionnels, ou ne leur demandent rien de plus. Quant à la conduite extérieure, généralement le directeur ne s'en préoccupe pas; cependant, ces jeunes gens inexpérimentés auraient souvent grand besoin des conseils de personnes plus âgées Tout cela ne ressemble guère à ce qui se passait autrefois ; le sous-maître pour conserver l'expression vulgaire, était considéré généralement comme l'enfant de la maison; il était moins payé qu'aujourd'hui, mais il dépensait moins, et il prenait des habitudes d'ordre de travail, de soumission, qui seront toujours précieuses pour les instituteurs quoi qu'on fasse.

Les rapports entre directrices et adjointes sont plus satisfaisants, il y a bien, de loin en loin, quelques petites discussions, mais généralement la directrice et l'adjointe, si elles sont célibataires, vivent comme des soeurs. Lorsque la directrice est déplacée, l'adjointe demande souvent à la suivre; c'est une preuve d'attachement que je constate avec plaisir, et je voudrais qu'il nous fût toujours possible d'accorder cette satisfaction.

 

Enseignement

 

Les programmes sont suivis ponctuellement dans la plupart des écoles, mais avec des succès divers, selon qu'il s'agit des modestes écoles rurales ou des grandes écoles urbaines. Les unes ne sont fréquentées que très irrégulièrement par des enfants d'intelligence généralement un peu lente et fort peu cultivés, un seul maître est d'ailleurs chargé de distribuer l'enseignement à des élèves de force très différente, et on ne peut, raisonnablement, espérer les résultats qui sont obtenus dans les écoles plus régulièrement fréquentées par des enfants plus éveillés, et appartenant à des familles qui s'intéressent davantage à leur instruction. Il faut bien reconnaître enfin que les meilleurs maîtres sont presque toujours à la tête des grandes écoles.

Les matières que j'appellerai essentielles sont enseignées avec beaucoup de bonne volonté presque partout la lecture est aujourd'hui plus intelligente que par le passé. L'écriture est généralement bonne et les mauvaises notes sont fort rares dans les examens du certificat d'études primaires. Le français laisse toujours beaucoup à désirer. On a tellement tourné en ridicule les analyses grammaticales qu'on n'en rencontre presque plus dans les cahiers. Les maîtres prétendent, il est vrai, qu'ils font faire de l'analyse oralement; mais la faiblesse des réponses obtenues dans les inspections et les examens me laissent quelques doutes sur l'efficacité de cette méthode. Cependant, il est impossible de mettre convenablement l'orthographe et même de comprendre entièrement un texte, si on ne se rend pas compte de la fonction de chaque mot. Il importe donc de ne pas renoncer entièrement à l'analyse écrite. La plupart des maîtres suivent trop machinalement les livres qu'ils ont entre les mains et se croient dispensés de toute initiative. Cette dernière observation s'applique à toutes les parties du programme, car on peut dire qu'aujourd'hui chaque matière a son manuel avec corrigé à l'usage du maître.

La composition française est toujours très faible, mais que peut-on attendre, sous ce rapport, d'enfants de 10 ou 11 ans n'ayant que peu ou même point d'idées. Ce que l'on peut faire surtout à ce sujet, c'est d'exercer les enfants à exprimer de vive voix leurs pensées dans toutes les leçons, de quelque nature qu'elles soient. Les exercices écrits de rédaction seraient plus utilement réservés pour la deuxième année du cours moyen et pour le cours supérieur.

L'enseignement du calcul ne donne peut-être pas les résultats qu'on pourrait espérer. Les élèves sont généralement faibles sur ce point. On les accable trop souvent de problèmes, lors même qu'ils ne savent à peine écrire un nombre ou faire une addition Des efforts sérieux ont été faits par l'inspection, au cours d'année, pour modifier cette manière de faire.

Il serait à désirer que tout enfant, en quittant l'école, possédât les notions de géométrie pratique, dont chacun a sans cesse besoin dans le cours de la vie, quelle que soit sa situation sociale; c'est un point sur lequel j'attire l'attention de nos instituteurs.

L'histoire est enseignée passablement ; mais c'est une étude de longue haleine qui exige beaucoup de travail et une certaine maturité d'esprit, voilà pourquoi, je le crains, elle ne donnera jamais de résultats sérieux dans les écoles rurales.

La géographie, plus utile à certains points de vue, est aussi plus intéressante et s'apprend plus facilement. Les résultats sont généralement satisfaisants.

Les autres parties du programme sont, le plus souvent, enseignées pour la forme.

 

Les leçons de morale, dont le caractère n'a pas été jusqu'ici très bien défini, malgré tout ce qui a été écrit sur la matière, ne sont pas en faveur chez les maîtres et chez les élèves, et non seulement on néglige l'enseignement de la morale, mais on ne songe pas assez à l'éducation morale des enfants. La raison est, comme on l'ajustement remarqué, que dans l'opinion publique, comme aussi dans l'opinion de beaucoup de maîtres l'école la meilleure est celle qui produit le plus de certificats d'études. On s'attache trop uniquement à enseigner à l'enfant du peuple les connaissances indispensables pour obtenir ce modeste diplôme, et pas assez à faire servir ces connaissances à la formation du cœur. Si au lieu de publier "urbi et orbi" les succès scolaires d'une école. , un journal bien inspiré disait: "tel instituteur exerce depuis vingt ans dans telle commune, les générations d'enfants qu'il a élevés sont maintenant des citoyens qui lui font honneur; ce sont des hommes d'ordre, très attachés au gouvernement de leur pays et de bons pères de famille; ce sont aussi des gens de bons conseils, sachant diriger leurs affaires avec intelligence et pratiquer la charité; ils donnent à leurs enfants et à leurs concitoyens l'exemple d'une vie laborieuse, d'une probité incontestable, d'un respect absolu à l'autorité et aux lois. "Ne serait-ce pas le plus bel éloge qu'on puisse faire d'un maître ? "

Voilà continue l'honorable inspecteur primaire, à qui nous empruntons ces lignes, des succès dignes d'être enregistrés, c'est à ceux-là surtout qu'on devrait songer quand on a la lourde tâche de préparer des citoyens à la patrie, et on ne négligerait plus ni l'enseignement de la morale, ni l'éducation morale des enfants.

L'instruction civique, qui repose sur des bases mieux déterminées, donne de meilleurs résultats; certains maîtres entrent même dans des détails trop minutieux pour des enfants.

Le chant n'est guère enseigné méthodiquement dans les écoles de campagne. On apprend quelques morceaux par audition, c'est déjà quelque chose, mais c'est insuffisant pour le but que l'on doit se proposer.

La gymnastique a eu un moment de faveur elle est aujourd'hui à peu près délaissée, du moins dans les écoles rurales. Tout le monde s'ennuie aux leçons, maîtres et élèves. Il faut d'ailleurs reconnaître que les enfants de la campagne se livrent assez aux exercices physiques, sans qu'il soit bien nécessaire d'en faire encore à l'école, du moins dans les conditions où il est possible d'en faire sans appareils.

L'enseignement du dessin quoiqu'en progrès, est encore bien défectueux. D'abord, beaucoup de maîtres ne savent pas dessiner eux-mêmes et puis les enfants sont trop jeunes pour faire des progrès sérieux.

Les sciences physiques et naturelles ne sont enseignées que pour la forme. Les connaissances en agriculture seraient très utiles aux jeunes paysans, chacun le reconnaît, et les pouvoirs publics se préoccupent depuis longtemps de cette intéressante question. Malheureusement, on se heurte à des difficultés presque insurmontables. L'agriculture intelligente suppose des connaissances multiples en physique, en chimie, en histoire naturelle, en météorologie, etc.. Comment enseigner tout cela un peu sérieusement à des enfants qui abandonnent l'école dès l'âge de 11 ans ? Néanmoins, c'est dans ce sens, a mon avis que devrait être orienté l'enseignement.

Le travail manuel n'est enseigné que dans quelques écoles de garçons; les résultats sont encore peu satisfaisants. On peut s'en consoler assez facilement, mais il y a lieu de se préoccuper beaucoup de cet enseignement dans les écoles de filles. Les travaux de couture doivent être plus tard la principale occupation de nos élèves Ce devrait-être selon moi, la leçon la plus importante dans les écoles de filles.

Il n'en est rien. Malgré nos efforts, nous n'avons pu jusqu'ici, faire adopter une méthode rationnelle pour cet enseignement. Il faut bien du reste, reconnaître que la plupart des institutrices sont sur ce point absolument insuffisantes. C'est par elles qu'il faudrait commencer la réforme Je verrai donc volontiers que dans les examens, soit du brevet de capacité, soit du certificat d'aptitude pédagogique, on leur fit exécuter un travail sérieux d'une durée d'au moins trois ou quatre heures En compensation, on pourrait supprimer pour elles les épreuves du dessin, qui serait réservé pour le brevet supérieur. Il y a Là, selon moi, plus qu'un intérêt scolaire, il y a intérêt social.

Population scolaire

 

Le tableau suivant fait connaître le nombre des élèves inscrits dans les diverses écoles pendant l'année 1890.

 

Élèves inscrits dans les écoles Garçons Filles Totaux

Ecoles publiques laïques 27917 16228 44155

Ecoles publiques congréganistes 135 3101 3236

Totaux 28052 19404 47456

Ces chiffres comparés à ceux de 1889 donnent une augmentation de 114 éLèves. La population des écoles maternelles a été donnée dans un tableau précédent.

Il est impossible de connaître, même approximativement, le nombre des enfants de 6 à 13 ans qui ne reçoivent aucune instruction. J'ai essayé de faire cette statistique, et on ne m'a fourni que des chiffres de fantaisie. Beaucoup de ces enfants ont fréquenté l'école pendant quelques années et le nombre de ceux qui sont absolument illettrés n'est pas considérable aujourd'hui.

La loi sur l'obligation n'est appliquée qu'à Moulins. Ici, la commission scolaire se réunit très régulièrement et remplit son devoir très consciencieusement, mais n'appelle que très rarement les pères de familles devant les tribunaux. Je pense, comme par le passé, que cette loi devrait être moins sévère afin d'être plus facilement appliquée. L'inexécution des lois est toujours fâcheuse à tous les points de vue.

La loi sur la gratuité est au contraire rentrée trop facilement dans les mœurs. Les familles répugnent à acheter les moindres fournitures scolaires, et beaucoup de municipalités n'ont pas hésité à imposer cette nouvelle charge au budget de leur commune. Au point de vue de l'instruction populaire, c'est une des mesures les plus fâcheuses. En effet, l'enfant, en quittant la classe, y laisse ses livres et ses cahiers, car ils ne lui étaient que prêtés. Au bout de quelques années, il a oublié ce qu'il avait appris et il n'a aucun moyen de se rafraîchir la mémoire. On ne peut pas espérer, qu'à l'âge où les passions s'éveillent, il songera à acquérir les objets qui lui sont utiles sans doute, mais que le vulgaire refuse d'acquérir, même quand ils sont indispensables pour suivre les cours de l'école. Malheureusement, nous avons en ce moment le préjugé de la gratuité scolaire et ce ne sont pas ces raisons, si bonnes soient-elles, qui le feront disparaître.

 

Ecole vers 1880

Statistiques des examens

Certificat d'études

garçons présentés 1337 reçus 920

filles 889 reçues 667

Totaux 2246 reçus 158

Enseignement privé

Le nombre total des écoles privées qui en 1889 était de 202 était au 31 décembre 1890 de 208 soit une augmentation de 6; le tableau suivant en fait connaître la nature:

Les écoles ont été ouvertes généralement à la suite des laïcisations. L'administration de L'Assistance publique a établi à Moulins et à Yzeure des écoles d'un caractère encore mal défini et fréquenté par un assez grand nombre d'élèves.

Personnel enseignant

Dans ces écoles privées, l'enseignement est donné par des maîtres ou maîtresses, dont 379 sont pourvus du brevet élémentaire seulement, 12 du certificat d'aptitude aux écoles maternelles, 19 du brevet supérieur, 112 ne possèdent aucun brevet et exercent en vertu de l'équivalence établie par l'article 4 de la loi du 16Juin 1881 sur les titres de capacité.

Population scolaire:

Les écoles privées, tant laïques que congréganistes comptaient en 1879 17009 élèves, elles en ont en 1890 17209 soit une augmentation de 200.

L'inspection de ces écoles s'est faite conformément à la loi, au point de vue des locaux, elle n'a rien constaté qui pût être nuisible à l'hygiène et à la salubrité, et, dans l'enseignement, rien qui fût contraire à la morale, à la constitution ou aux lois; il faut remarquer, du reste, que la plupart de ces écoles destinées aux jeunes filles recevant des internes, les locaux affectés aux pensionnaires et le régime intérieur n'ont pu être inspectés, des dames déléguées par le Ministre ayant seules qualité pour le faire.

Conclusion :

En résumé, la situation de l'enseignement primaire, dans le département à la fin de 1890, sans être parfaite était, je crois, généralement satisfaisante et en progrès sur tannée précédente.

Parmi Les améliorations à poursuivre, je citerai les suivantes :

Combattre et prévenir avec une ferme persévérance l'irrégularité de la fréquentation scolaire et la désertion prématurée de l'école que les enfants quittent souvent dès l'âge de 11 à 12 ans; stimuler l'entrain et la bonne volonté des maîtres, qui ne donnent pas du tout ce qu'on peut attendre de leurs qualités naturelles, enfin, récompenser ceux qui remplissent leur devoir avec dévouement.

Pour mener notre oeuvre à bonne fin. Nous avons besoin du concours actif et bienveillant des Commissions scolaires, des Délégations cantonales et des Municipalités et du Conseil Général. Je sais qu'en n'y fait jamais appel on vain. Aussi pouvons-nous espérer que le jour où toutes les ressources intellectuelles et matérielles dont nous pourrions disposer auront été mises en oeuvre, le Département de L'Allier occupera un meilleur rang dans les statistiques de l'enseignement primaire.

 

Moulins le 10 juin 1891

 

L'Inspecteur d'Académie

A Piètrement.

Pour qui s'intéresse à la situation de l'enseignement dans notre département, trouvera dans ce rapport des renseignements très riches qui lui permettront de comparer avec la situation actuelle, on s'aperçoit que certaines batailles sont toujours à mener. Mais, c'est là une autre histoire.

 

 

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